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L'Hymne de l'Infanterie de Marine, composé en 1896, demeure l'un des chants militaires les plus emblématiques de l'armée française. Ce chant de tradition incarne l'esprit guerrier et les valeurs des Troupes de Marine, surnommées les marsouins. Plus qu'une simple mélodie, cet hymne représente le courage, l'abnégation et la fidélité des soldats qui ont combattu sur tous les continents. Pour en savoir plus sur l'histoire des chants et marches militaires, découvrez notre article dédié au patrimoine de l'armée française.
En 1896, le Général Henri-Nicolas Frey, alors commandant de la place de Rochefort, confie une mission d'importance au chef de la fanfare du 3e RIMa (3e Régiment d'Infanterie de Marine). Ce dernier s'appelle Paul Cappé, un compositeur talentueux né en 1868 à Besançon. Élève de Jules Massenet et d'Albert Lavignac au Conservatoire de Paris, Cappé reçoit pour objectif de composer une œuvre capable d'exalter les vertus et de mettre en lumière la gloire de l'Infanterie de Marine.
Le contexte de cette création est essentiel : vingt-six ans après les combats héroïques de Bazeilles en 1870, les Troupes de Marine cherchent à immortaliser leur bravoure et à se doter d'un hymne fédérateur. Paul Cappé compose alors une marche militaire au rythme enlevé, dont les paroles sont attribuées au Général Frey lui-même. L'hymne sera chanté pour la première fois à Rochefort, garnison historique du 3e RIMa, l'un des "Quatre Vieux" de l'Infanterie de Marine aux côtés des régiments de Cherbourg, Brest et Toulon.
Pour comprendre la portée de cet hymne, il convient de connaître l'identité des Troupes de Marine. Ces unités militaires, créées sous Louis XIV en 1622 par Richelieu sous le nom de Compagnies franches de la Marine, ont participé à toutes les grandes expéditions coloniales françaises. Les fantassins sont surnommés marsouins, tandis que les artilleurs portent le nom de bigors.
Ces régiments historiques se sont illustrés lors de nombreuses campagnes : la Guerre de Crimée (1854-1856), les expéditions en Chine, au Sénégal, en Cochinchine, et bien sûr lors de la bataille de Bazeilles en 1870. Représentant aujourd'hui plus de 17 000 soldats répartis dans 26 régiments, les Troupes de Marine incarnent 15% des effectifs de l'armée de Terre française.
L'Hymne de l'Infanterie de Marine fait explicitement référence aux combats de Bazeilles, qui se déroulèrent les 31 août et 1er septembre 1870 dans le petit village ardennais, près de Sedan.
Les paroles de l'Hymne de l'Infanterie de Marine reflètent parfaitement l'esprit et les valeurs portées par les marsouins. Chaque couplet évoque un aspect essentiel de l'identité militaire de ces soldats d'élite.
Dans la bataille ou la tempête,
Au refrain de mâles chansons,
Notre âme au danger toujours prête
Brave la foudre et les canons.
Hommes de fer que rien ne lasse,
Nous regardons la mort en face,
Dans l'orage qui gronde ou le rude combat.
En avant !
Pour faire un soldat de Marine
Il faut avoir dans la poitrine
Le cœur d'un matelot et celui d'un soldat.
Souvent dans la zone torride,
La dent du tigre ou du lion,
La fièvre ou la balle homicide
Vient décimer nos bataillons.
Alors vers la mère Patrie
On voit crispé par l'agonie,
Dans un suprême effort notre front se tourner.
En avant !
Et notre regret unanime
Chère France, ô pays sublime !
C'est de n'avoir pour toi qu'une vie à donner.
Sois fier soldat de Marine
La victoire aima tes chansons
Et ton front bruni qu'illumine
L'éclat des grandes actions
Du Bosphore à la Martinique,
Du Sénégal au Pacifique
On voit de ton drapeau resplendir les couleurs.
En avant !
La gloire t'a pris sous son aile
Car à l'honneur toujours fidèle
Tu meurs en combattant ou tu reviens vainqueur.
En Crimée à chaque bataille
Nous aussi nous avons pris part
De Malakoff sous la mitraille
Nous escaladions les remparts.
A l'aspect de notre uniforme
Que le fer ou le feu déforme
L'ennemi pâlissant, bien des fois recula.
En avant !
Et sur notre front qui rayonne,
On peut voir la triple couronne
Des lauriers de Podor, d'Inkermann et d'Alma.
Quand la Prusse inondant la France,
Sur nous déchaînait ses fureurs,
A ses balles comme à ses lances
Nous avons opposé nos cœurs.
Et quand rugissait la bataille
Nos fronts, meurtris par la mitraille,
Sanglants, mais indomptés, défiaient les vainqueurs.
En avant !
A Bazeilles, La Cluze et Neuville,
En combattant cent contre mille
Le succès nous trahit mais nous gardions l'honneur.
Sans cesse prêts à tout combattre,
Vaillants soldats de nos grands ports,
Non, rien ne saurait vous abattre
Vous qui ne comptez point vos morts.
Grâce à vos brillantes attaques,
Vous réduisez Chinois, Canaques,
A vous Madagascar, l'Annam et le Tonkin.
En avant !
Aussi le ciel sous sa coupole
Inscrit encore en auréole
Son-Tay et Nouméa, Tamatave et Pékin.
Un jour viendra chère espérance
Où l'ardent appel des clairons
Fera surgir pour notre France
Des vengeurs et nous en serons.
Alors pour nous, oh quelle fête !
Nous donnerons des sœurs cadettes
Aux victoires d'Iéna, d'Auerstaedt, de Stettin.
En avant !
Oui nous aimons les saintes guerres
Car le sang des héros, nos pères
Dans nos veines en feu ne coule pas en vain.
Et au nom de Dieu, vive la Coloniale !
L'Hymne de l'Infanterie de Marine ne se chante pas de manière anodine. Conformément au règlement militaire, ce chant de tradition s'exécute obligatoirement au "garde-à-vous", posture imposant le raidissement du corps, les bras le long du corps, les épaules légèrement en arrière. Cette position traduit le respect et la solennité accordés à cet hymne.
Le rythme enlevé de l'hymne, caractéristique d'une marche militaire, permet aux troupes de marcher au pas tout en chantant. Ce tempo dynamique contribue à galvaniser les soldats et à renforcer la cohésion des unités.
Paul Constant Cappé (1868-1931) n'est pas seulement le compositeur de l'Hymne de l'Infanterie de Marine. Ce musicien militaire de talent a également créé d'autres œuvres pour les Troupes de Marine, dont une Marche au roi Norodom, dédiée au roi du Cambodge lors de son séjour à Phnom Penh entre 1896 et 1898.
Chef de musique des Troupes de Marine, Cappé obtient un premier accessit d'harmonie du Conservatoire de Paris en 1893. Il entre à la SACEM en 1892, parrainé par ses professeurs Théodore Dubois et Albert Lavignac. En 1918, il est fait Chevalier de la Légion d'honneur en reconnaissance de ses services. Son œuvre majeure, l'Hymne de l'Infanterie de Marine, lui survivra et continuera d'être chantée plus d'un siècle après sa création.
Les paroles de l'hymne font référence directe aux combats de Bazeilles : "À Bazeilles, La Cluze et Neuville, En combattant cent contre mille, Le succès nous trahit mais nous gardions l'honneur." Cette évocation poignante rappelle que, malgré la défaite de 1870, les marsouins ont conservé leur honneur militaire intact.
L'épisode de Bazeilles a façonné durablement l'identité des Troupes de Marine. Les valeurs mises en lumière lors de ces combats restent au cœur de la formation des jeunes marsouins :
L'Hymne de l'Infanterie de Marine dresse un panorama des faits d'armes accomplis par les marsouins depuis le milieu du XIXe siècle. Ces références historiques rappellent l'ampleur géographique des interventions des Troupes de Marine.
| Campagne | Période | Lieux d'engagement | Batailles mentionnées |
|---|---|---|---|
| Guerre de Crimée | 1854-1856 | Crimée, Mer Noire | Alma, Inkermann, Malakoff |
| Campagne du Sénégal | 1850-1865 | Afrique de l'Ouest | Podor, Kaolack |
| Expédition de Chine | 1858-1860 | Chine, Indochine | Canton, Pékin, Son-Tay |
| Campagne de Cochinchine | 1858-1868 | Indochine française | Annam, Tonkin |
| Guerre franco-prussienne | 1870-1871 | France métropolitaine | Bazeilles, La Cluze, Neuville |
| Conquête coloniale | 1880-1900 | Madagascar, Océanie | Tamatave, Nouméa |
Ces références géographiques, qui s'étendent "Du Bosphore à la Martinique, Du Sénégal au Pacifique", illustrent le caractère expéditionnaire des Troupes de Marine. Les marsouins étaient toujours prêts à embarquer depuis leurs ports d'attache pour défendre les intérêts français aux quatre coins du monde.
Plus d'un siècle après sa création, l'Hymne de l'Infanterie de Marine reste un élément central de l'identité des Troupes de Marine. Chaque jeune engagé apprend ce chant dès son arrivée en régiment, perpétuant ainsi une tradition séculaire. L'hymne n'est pas qu'une simple mélodie : il constitue un véritable vecteur de transmission des valeurs et de l'histoire de l'arme.
Dans les centres de formation comme l'EMSOME (État-Major Spécialisé pour l'Outre-Mer et l'Étranger), maison-mère des Troupes de Marine, l'apprentissage de l'hymne fait partie intégrante de l'instruction militaire initiale. Les jeunes marsouins découvrent non seulement les paroles et la mélodie, mais aussi le contexte historique et la signification symbolique de chaque couplet.
L'Hymne de l'Infanterie de Marine s'inscrit dans une riche tradition de chants militaires français. Chaque arme possède ses propres chants de tradition, qui expriment son identité spécifique et son histoire.
| Hymne | Arme | Date de création | Caractéristique principale |
|---|---|---|---|
| Hymne de l'Infanterie de Marine | Troupes de Marine | 1896 | Évoque Bazeilles et les expéditions coloniales |
| Le Boudin | Légion Étrangère | 1870 | Marche lente, symbole de ténacité |
| Le Chant des Africains | Troupes coloniales | 1910 | Célèbre les campagnes d'Afrique |
| Anne de Bretagne | Parachutistes | 1946 | Chant de marche des troupes aéroportées |
Contrairement au Boudin de la Légion Étrangère, qui est une marche lente symbolisant la résilience, l'Hymne de l'Infanterie de Marine se caractérise par son rythme enlevé et son caractère conquérant. Il partage avec le Chant des Africains l'évocation des campagnes coloniales, mais se distingue par sa référence directe à Bazeilles, événement fondateur spécifique aux Troupes de Marine.
L'Hymne de l'Infanterie de Marine se chante obligatoirement au garde-à-vous conformément au règlement militaire des Troupes de Marine. Cette posture, qui impose le raidissement du corps avec les bras le long du corps et les épaules légèrement en arrière, traduit le respect et la solennité accordés à ce chant de tradition. Le garde-à-vous symbolise la rigueur militaire et rappelle que cet hymne n'est pas une simple chanson, mais un véritable hymne officiel des Troupes de Marine, au même titre que la Marseillaise pour la nation. Cette règle s'applique lors des visites d'autorités, des repas de corps, des commémorations de Bazeilles et de toutes les cérémonies officielles.
L'Hymne de l'Infanterie de Marine a été composé en 1896 par Paul Constant Cappé, chef de la fanfare du 3e Régiment d'Infanterie de Marine (3e RIMa) stationné à Rochefort. Né en 1868 à Besançon et décédé en 1931, Cappé était un compositeur militaire de talent, formé au Conservatoire de Paris auprès de Jules Massenet et Albert Lavignac. C'est le Général Henri-Nicolas Frey, commandant de la place de Rochefort, qui lui confia la mission de créer une œuvre capable d'exalter les vertus et la gloire de l'Infanterie de Marine. Les paroles sont attribuées au Général Frey lui-même, tandis que Cappé composa la musique au rythme enlevé caractéristique d'une marche militaire.
Les marsouins et les bigors sont deux composantes distinctes des Troupes de Marine. Les marsouins désignent les fantassins de l'Infanterie de Marine, tandis que les bigors sont les artilleurs de l'Artillerie de Marine. Ces surnoms remontent aux origines des Troupes de Marine au XIXe siècle. Le terme "marsouin" proviendrait soit de la comparaison avec le mammifère marin (symbolisant la capacité à naviguer puis à combattre sur terre), soit d'une déformation de "marsoin" (matelot de la Marine). Le mot "bigor" serait une déformation du mot "bricole", pièce du harnachement des chevaux d'artillerie. Aujourd'hui, ces deux catégories partagent les mêmes valeurs, le même symbole de l'ancre et célèbrent ensemble les combats de Bazeilles chaque 31 août et 1er septembre.
L'Hymne de l'Infanterie de Marine mentionne explicitement Bazeilles car cet épisode constitue l'événement fondateur et le symbole des Troupes de Marine. Les 31 août et 1er septembre 1870, lors de la guerre franco-prussienne, la Division Bleue (composée des quatre régiments d'infanterie de marine) livre un combat héroïque dans ce village ardennais près de Sedan. Se battant à un contre dix face aux troupes bavaroises, les marsouins et bigors résistent avec acharnement jusqu'à l'épuisement de leurs munitions. Le tableau célèbre "Les Dernières Cartouches" d'Alphonse de Neuville immortalise cet acte de bravoure. Bien que militairement vaincus, les soldats ont conservé leur honneur, d'où le vers : "Le succès nous trahit mais nous gardions l'honneur". Bazeilles est depuis célébré chaque année comme la fête des Troupes de Marine.
L'Hymne de l'Infanterie de Marine évoque de nombreuses batailles historiques et campagnes militaires auxquelles ont participé les Troupes de Marine au XIXe siècle. Parmi les plus importantes figurent : Alma, Inkermann et Malakoff pendant la Guerre de Crimée (1854-1856) ; Bazeilles, La Cluze et Neuville lors de la guerre franco-prussienne de 1870 ; Podor au Sénégal ; Son-Tay, Tamatave, Nouméa et Pékin lors des expéditions coloniales. L'hymne mentionne également les campagnes géographiques étendues "Du Bosphore à la Martinique, Du Sénégal au Pacifique", illustrant le caractère expéditionnaire des Troupes de Marine. Ces références historiques rappellent que les marsouins ont combattu sur tous les continents pour défendre les intérêts français.
L'expression "Pour faire un soldat de Marine, Il faut avoir dans la poitrine, Le cœur d'un matelot et celui d'un soldat" définit l'essence même du marsouin et illustre la double identité des Troupes de Marine. Le "cœur d'un matelot" fait référence aux origines maritimes de ces unités, créées sous Louis XIV et historiquement rattachées à la Marine nationale. Il évoque l'esprit d'aventure, la capacité à naviguer sur tous les océans et à s'adapter aux environnements les plus hostiles. Le "cœur d'un soldat" affirme leur vocation terrestre et leur excellence au combat. Cette dualité unique fait la force des Troupes de Marine : capables d'embarquer depuis leurs ports d'attache (Cherbourg, Brest, Rochefort, Toulon) et de mener des opérations terrestres sur tous les continents. C'est cette polyvalence qui a permis aux marsouins de s'illustrer dans toutes les grandes expéditions coloniales françaises.
L'anniversaire de Bazeilles est célébré chaque année par toutes les unités des Troupes de Marine selon un calendrier précis : le 31 août dans les régiments en service et le 1er septembre pour les anciens combattants et les associations d'anciens des Troupes de Marine. Depuis 1986, une grande commémoration nationale se tient à Fréjus, dans le Sud-Est de la France, rassemblant plus de 17 000 soldats des 26 régiments de marsouins et bigors. Cette cérémonie comprend une parade militaire, une reconstitution du tableau "Les Dernières Cartouches", une démonstration de sauts de parachutistes et un concert de la musique des Troupes de Marine. Des commémorations ont également lieu sur les lieux mêmes de la bataille à Bazeilles, dans les Ardennes, ainsi que dans toutes les garnisons des Troupes de Marine en France et outre-mer. L'Hymne de l'Infanterie de Marine est bien entendu chanté lors de chacune de ces cérémonies.
Les "Quatre Vieux" ou "Quatre Grands" désignent les quatre régiments historiques de l'Infanterie de Marine créés par décret de Napoléon III en 1854. Chacun était associé à un port militaire français : le 1er RIMa, surnommé le "Grand Un", basé à Cherbourg ; le 2e RIMa, le "Grand Deux", à Brest ; le 3e RIMa, le "Grand Trois", à Rochefort (d'où est né l'Hymne en 1896) ; et le 4e RIMa, le "Grand Quatre", à Toulon. Ces régiments constituaient la force expéditionnaire permanente de la France, prêts à embarquer à tout moment pour des opérations outre-mer. Ils ont participé à toutes les grandes campagnes du XIXe siècle : Crimée, Chine, Sénégal, Cochinchine, Madagascar. Aujourd'hui, les héritiers de ces régiments perpétuent les traditions et les valeurs des marsouins, notamment lors des commémorations de Bazeilles et du chant de l'Hymne de l'Infanterie de Marine.