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Face au retour de la guerre de haute intensité en Europe et à l'accélération technologique sans précédent, l'armée de Terre française entame une transformation profonde. Sous l'impulsion du général Pierre Schill, chef d'état-major de l'armée de Terre, la France se prépare aux conflits du 21e siècle à travers une modernisation massive de ses équipements, l'intégration de l'intelligence artificielle et le développement de capacités robotiques inédites. Cette mutation s'inscrit dans une urgence stratégique : "Il y a danger, il y a urgence", comme le rappelle le général Schill en évoquant la guerre en Ukraine et les tensions au Levant.
Créé en 2023, le Commandement du Combat Futur (CCF) constitue l'un des quatre piliers de la transformation de l'armée de Terre. Dirigé par le général Bruno Baratz, cet organisme a pour mission de préparer les combats de demain dans un contexte de retour des conflits industriels et d'accélération technologique. Le CCF pilote l'adaptation de l'armée aux menaces hybrides, aux systèmes autonomes et à la guerre cognitive.
Le général Schill est catégorique : "Notre mission n'est-elle pas de gagner la guerre avant la guerre ?" Cette approche prospective se concrétise par le développement de capacités disruptives qui doivent permettre à la France de conserver sa supériorité opérationnelle face à des adversaires qui n'hésitent plus à recourir massivement aux drones, aux robots terrestres et à l'intelligence artificielle.
Lancé en 2014, le programme Scorpion (Synergie du Contact Renforcée par la Polyvalence et l'Infovalorisation) représente un investissement de 6 milliards d'euros sur vingt ans. Il vise à renouveler intégralement le cœur de combat de l'armée de Terre avec trois plateformes majeures :
Le Véhicule Blindé Multi-Rôles Griffon remplace progressivement les VAB vieillissants. Avec 1 872 exemplaires prévus d'ici 2035, ce blindé 6x6 peut transporter jusqu'à 9 fantassins et se décline en plusieurs versions (infanterie, commandement, génie, sanitaire). Son prix unitaire avoisine 1 million d'euros. Plus de 1 000 Griffon ont déjà été livrés aux régiments français, permettant une montée en puissance rapide des unités Scorpion.
L'Engin Blindé de Reconnaissance et de Combat Jaguar est armé d'un canon de 40mm et de missiles moyenne portée (MMP) capables d'engager des cibles jusqu'à 4 kilomètres. Ce véhicule 6x6 de 25 tonnes remplace les AMX-10RC et les ERC-90 Sagaie. Avec 248 exemplaires prévus (coût unitaire : 3,5 millions d'euros), le Jaguar offre une puissance de feu supérieure tout en conservant 70% de composants communs avec le Griffon. Environ 140 véhicules devraient être livrés fin 2025.
La modernisation de 200 chars Leclerc au standard XLR (eXtrême Longévité Rénovée) garantit le maintien d'une capacité de combat de haute intensité jusqu'en 2040. Le Leclerc XLR intègre une nouvelle conduite de tir, une mitrailleuse téléopérée de 7,62mm, une protection renforcée et surtout une connexion totale à la "bulle Scorpion" via le système SICS. Ce char reste l'un des seuls au monde capable d'atteindre une cible à 4 000 mètres en roulant.
Au cœur du programme Scorpion se trouve le Système d'Information et de Communication Scorpion (SICS), développé par Atos-Bull et Thales. Ce système révolutionnaire permet le partage instantané d'informations entre toutes les plateformes de combat, créant une véritable "bulle aéroterrestre" où chaque combattant dispose d'une conscience situationnelle augmentée.
Grâce au SICS, une cible détectée par un Griffon peut être immédiatement traitée par un Jaguar ou un Leclerc, sans passer par la chaîne de commandement traditionnelle. Le système intègre également le système optronique ANTARES qui offre une vision à 360° avec une résolution de 5 millions de pixels, de jour comme de nuit. Cette supériorité informationnelle constitue un avantage décisif sur le champ de bataille moderne.
Le projet Pendragon représente une rupture capacitaire majeure. Piloté conjointement par l'Agence ministérielle pour l'IA de Défense (AMIAD) et le CCF, ce programme vise à déployer d'ici 2027 la première unité robotique de combat autonome dotée d'intelligence artificielle. Cette unité comprendra une vingtaine de robots terrestres (à roues, chenilles et pattes) et de drones aériens capables de travailler en synergie pour mener des missions tactiques semi-autonomes.

Pendragon repose sur deux briques d'IA : la première utilise le traitement du langage naturel (NLP) pour traduire les ordres humains en instructions robotiques ; la seconde gère l'intelligence opérationnelle de terrain (détection, localisation, identification des cibles). Le contrôle humain reste central : "On ne donne pas toute autonomie à cette unité robotique", insiste l'AMIAD. Le chef militaire conserve la responsabilité des décisions et des conséquences.
Une première démonstration opérationnelle est prévue pour l'été 2026, suivie d'un déploiement sur les théâtres d'opérations en 2027. Le programme bénéficie d'une enveloppe de 35 millions d'euros et s'appuie sur le supercalculateur Asgard, doté de 1 024 puces de dernière génération et classifié "secret défense".
Depuis 2021, l'armée de Terre organise le challenge CoHoMa (Collaboration Homme-Machine) au camp de Beynes. Ce concours annuel rassemble industriels, laboratoires de recherche et écoles d'ingénieurs pour développer des systèmes robotiques tactiques. Les équipes doivent démontrer la capacité de robots à franchir des obstacles, déjouer des pièges et assister les combattants dans des scénarios réalistes.
Le général Tony Maffeis, directeur de la Section Technique de l'Armée de Terre (STAT), explique : "Les robots sont déjà très utiles pour protéger nos unités, mais il faut désormais prouver qu'ils peuvent accroître leur efficacité au contact d'un adversaire." Les défis restent nombreux : autonomie énergétique, résilience des communications face au brouillage électronique, navigation en terrain complexe. Mais les progrès sont nets, notamment en matière de coopération drone-robot et d'essaims de drones.
Face à la prolifération des drones kamikazes observée en Ukraine et au Proche-Orient, l'armée de Terre a développé en seulement quatre mois le système PROTEUS (Protection Rustique Optimisée par Tir sur Engin Urbain Suspect). Ce système combine un canon de 20mm des années 1970 à une caméra thermique moderne, le tout monté sur un camion TRM 2000.

Le PROTEUS standard 2, actuellement en développement, intégrera des logiciels d'intelligence artificielle pour améliorer la visée et la détection. Il sera capable de traquer et détruire les micro-drones les plus agiles. Six premiers exemplaires ont été livrés au 35e régiment d'artillerie parachutiste en septembre 2025. Cette approche "rustique mais efficace" illustre la capacité d'adaptation rapide de l'armée face aux menaces émergentes.
L'année 2025 est qualifiée par le général Schill d'"année du signalement stratégique". Le point d'orgue sera l'exercice Dacian Spring en avril, qui verra le déploiement complet de la 7e brigade blindée en Roumanie en seulement 10 jours. Ce tour de force logistique implique la projection de :
Cet exercice vise à démontrer la capacité de la France à disposer d'une "brigade bonne de guerre" projetable en urgence sur le flanc est de l'OTAN, dans un contexte où la menace russe pèse sur l'Europe. D'autres exercices majeurs jalonnent 2025 : Diodore (combat dans la profondeur), Hedgehog en Estonie et Warfighter en juin.
Le document "Action Aéroterrestre Future", présenté en décembre 2025, dessine les contours de l'armée de Terre à l'horizon 2040. Plusieurs ruptures majeures sont identifiées :
Portée par la 6G, les constellations de satellites et l'intelligence artificielle, l'accélération comprime drastiquement les délais entre détection, décision et frappe. Le "ciblage de masse" devient possible, permettant d'engager simultanément des centaines de cibles.
Les guerres futures verront la convergence d'États adverses, de groupes armés non-étatiques, du crime organisé et d'acteurs hybrides. Le combat se déroule désormais dans cinq domaines simultanés : terrestre, aérien, maritime, spatial, cyber et cognitif (opérations multi-milieux multi-champs M2MC).
L'état-major plaide pour une véritable économie de guerre capable de soutenir un effort prolongé, une culture de l'innovation ouverte associant industrie de défense et acteurs civils, et une préparation en amont incluant la mobilisation nationale.
| Système | Type | Capacités Principales | Statut / Déploiement | Budget |
|---|---|---|---|---|
| Griffon | Véhicule blindé 6x6 | Transport 9 fantassins, protection haute intensité, infovalorisé | +1000 livrés / 1872 prévus | 1M€/unité |
| Jaguar | Blindé reconnaissance | Canon 40mm, missiles MMP 4km, vision 360° | 140 livrés / 248 prévus | 3,5M€/unité |
| Leclerc XLR | Char de combat | Tir 4km en mouvement, connecté SICS, protection renforcée | Livraison 2020-2028 | 338M€ total |
| SICS | Système information | Combat collaboratif, partage temps réel, conscience situationnelle | Déployé opérationnellement | Inclus 6Mds Scorpion |
| Pendragon | Unité robotique IA | 20 robots + drones, missions autonomes, contrôle humain | Démo 2026 / Opérationnel 2027 | 35M€ |
| PROTEUS | Système anti-drones | Canon 20mm + IA, détection thermique, destruction micro-drones | 6 livrés / Standard 2 en cours | Non communiqué |
Malgré cette ambition, l'armée de Terre fait face à plusieurs défis structurels. Le budget de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d'euros sur sept ans, avec une hausse significative pour la défense. Mais les contraintes budgétaires restent réelles : tous les Griffon ne pourront pas être équipés de tourelleau téléopéré (75% jusqu'en 2025, puis 50%), et certains programmes ont été étalés dans le temps.
L'armée doit également gérer la transition générationnelle des équipements : maintenir en condition opérationnelle les matériels anciens tout en intégrant les nouveaux systèmes, former les personnels aux technologies émergentes, et adapter la doctrine tactique au combat collaboratif. La montée en puissance est progressive : le premier GTIA Scorpion a été opérationnel en 2021, la première brigade Scorpion en 2023.
Au-delà des grandes plateformes, le fantassin reste au cœur du dispositif. Le système FELIN (Fantassin à Équipements et Liaisons Intégrés) équipe déjà les unités, avec gilet pare-balles modulaire, système de communication intégré, visée déportée et informatique embarquée. Les équipements professionnels militaires évoluent constamment pour répondre aux nouveaux besoins opérationnels : protection balistique renforcée, textiles techniques respirants, camouflage adaptatif, équipements de vision nocturne de dernière génération.
L'armée de Terre accorde une attention particulière au confort et à la performance du combattant, consciente que l'humain reste l'élément décisif malgré la robotisation. Les tenues de combat nouvelle génération intègrent des tissus anti-feu, anti-déchirure et traités anti-infrarouge. Les équipements de protection individuelle bénéficient des dernières avancées en matériaux composites et céramiques balistiques.
Le programme Scorpion s'étend au-delà des frontières françaises. La Belgique a commandé 60 Jaguar et entre 382 et 442 Griffon dans le cadre du programme CaMo (CApacité Motorisée), avec pour objectif de créer une brigade belge pleinement interopérable avec les forces françaises. Le Luxembourg s'est également engagé avec l'acquisition de 38 Jaguar validée en novembre 2024.
Cette interopérabilité européenne constitue un atout stratégique majeur face aux menaces communes. Elle permet des déploiements coordonnés, un partage des coûts de développement et de maintien en condition opérationnelle, et renforce la solidarité stratégique au sein de l'OTAN et de l'Union européenne.

L'armée de Terre a lancé une démarche d'innovation participative en allouant des enveloppes budgétaires directement aux régiments pour développer des projets innovants. Cette subsidiarité accrue permet aux "brigadiers" (commandants de brigade) de disposer de plus d'autonomie en matière de ressources humaines, de budget et d'équipement.
Le dispositif Generate, lancé en 2017 par le GICAT, permet à de jeunes start-ups françaises d'intégrer l'écosystème de la défense. Cette ouverture au secteur civil accélère le transfert de technologies (dual use) et favorise l'émergence de solutions disruptives. L'armée collabore ainsi avec des acteurs aussi divers que Thales, Nexter, Safran, mais aussi des PME et des laboratoires universitaires.
Face aux mutations géopolitiques et technologiques, l'armée de Terre française affirme sa volonté de rester une force de premier rang capable d'agir "ce soir et demain". La transformation est globale : matériels, systèmes d'information, doctrine, formation, et soutien logistique. Le message du général Schill est clair : l'armée française "marche au son du canon", et ce canon gronde aux portes de l'Europe. La préparation aux guerres du futur est une course contre la montre où chaque jour compte, où l'innovation doit être permanente, et où l'excellence opérationnelle ne se négocie pas. Les prochaines années diront si cette transformation ambitieuse permettra effectivement à la France de "gagner la guerre avant la guerre".
Le programme Scorpion est un projet de modernisation de l'armée de Terre lancé en 2014, représentant un investissement de 6 milliards d'euros sur vingt ans. Il vise à remplacer les véhicules blindés vieillissants par 1 872 Griffon, 248 Jaguar et 200 chars Leclerc modernisés, tout en créant une "bulle aéroterrestre" connectée grâce au système d'information SICS. D'ici 2025, 50% des véhicules devraient être livrés, et le programme sera complet en 2035. Plus de 1 000 Griffon sont déjà en service opérationnel.
Pendragon est un programme révolutionnaire visant à créer la première unité robotique de combat dotée d'intelligence artificielle en France. Cette unité comprendra une vingtaine de robots terrestres et drones aériens capables de travailler en synergie pour mener des missions tactiques semi-autonomes. Piloté par l'AMIAD et le Commandement du Combat Futur, Pendragon prévoit une première démonstration opérationnelle en 2026 et un déploiement sur les théâtres d'opérations dès 2027. Le contrôle humain reste central dans toutes les décisions.
L'intelligence artificielle est intégrée à plusieurs niveaux dans l'armée de Terre. Le projet Pendragon utilise l'IA pour coordonner des unités robotiques autonomes. Le système PROTEUS standard 2 intègre des algorithmes d'IA pour améliorer la détection et la destruction de micro-drones. Les véhicules Scorpion (Griffon, Jaguar) embarquent des fonctions automatisées pour la détection laser, acoustique et la proposition d'actions de protection. Le supercalculateur Asgard, avec 1 024 puces de dernière génération, soutient le développement de ces capacités en environnement classifié "secret défense".
Le Griffon est un véhicule blindé multi-rôles 6x6 destiné au transport de troupes (jusqu'à 9 fantassins), avec un coût unitaire d'environ 1 million d'euros. Le Jaguar est un engin blindé de reconnaissance et de combat armé d'un canon de 40mm et de missiles moyenne portée (MMP) capables d'engager des cibles jusqu'à 4 kilomètres, avec un coût de 3,5 millions d'euros. Bien que 70% de leurs équipements soient communs (suspension, électronique), le Jaguar dispose d'une puissance de feu supérieure pour les missions offensives, tandis que le Griffon est optimisé pour la mobilité tactique et le transport.
Le SICS (Système d'Information et de Communication Scorpion) est le cerveau numérique de l'armée de Terre moderne. Il permet le partage instantané d'informations entre toutes les plateformes de combat (Griffon, Jaguar, Leclerc, drones), créant une "bulle aéroterrestre" où chaque combattant dispose d'une conscience situationnelle augmentée. Une cible détectée par un véhicule peut être immédiatement traitée par un autre, sans passer par la chaîne de commandement traditionnelle. Le SICS révolutionne le combat collaboratif en accélérant drastiquement la boucle décision-action, offrant un avantage décisif face à des adversaires moins connectés.
Face à la prolifération des drones observée en Ukraine, l'armée de Terre a développé plusieurs solutions. Le système PROTEUS combine un canon de 20mm à une caméra thermique et des logiciels d'IA pour détecter et détruire les drones, y compris les micro-drones agiles. Six exemplaires ont été livrés en septembre 2025. Les véhicules Scorpion intègrent également des détecteurs acoustiques, des brouilleurs et des lanceurs de fumigènes GALIX. L'armée développe aussi des essaims de drones pour contrer les menaces aériennes et investit massivement dans la guerre électronique pour neutraliser les drones ennemis.
Une "brigade bonne de guerre" désigne une unité complète, entièrement équipée et soutenue, capable d'être déployée rapidement sur un théâtre d'opérations. L'exercice Dacian Spring 2025 en Roumanie démontrera la capacité de l'armée de Terre à projeter la 7e brigade blindée (plusieurs milliers de combattants, 50 chars Leclerc, centaines de blindés, artillerie CAESAR) en seulement 10 jours. Cet objectif est crucial car il prouve aux alliés et adversaires que la France peut réagir rapidement à une crise majeure en Europe, renforçant ainsi la dissuasion conventionnelle et la solidarité OTAN.
Non, les robots ne remplaceront pas les soldats mais les assisteront et les protégeront. L'armée de Terre considère les systèmes robotiques comme des multiplicateurs de force destinés à réduire l'exposition des combattants aux dangers, améliorer la reconnaissance, assurer le portage de charges lourdes et augmenter la létalité des unités. Le contrôle humain reste absolu : un chef militaire doit toujours valider les actions et assumer la responsabilité des décisions. Les premiers usages seront la logistique (convois dronisés, robots-mules), puis progressivement des missions tactiques plus complexes tout en conservant la primauté du jugement humain.
La Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030 prévoit un budget de 413 milliards d'euros sur sept ans pour l'ensemble des armées françaises, représentant une hausse de 7,5% par rapport à la précédente LPM. Ce budget couvre le renouvellement des équipements, la modernisation de la dissuasion nucléaire, le développement de capacités robotiques et IA, l'investissement dans le renseignement, et le renforcement de la cyber-défense. La LPM finance notamment les 5 milliards d'euros dédiés aux capacités dronisées et le "saut robotique" de l'armée de Terre.
L'interopérabilité européenne est au cœur de la stratégie française. Le programme CaMo (CApacité Motorisée) permet à la Belgique d'acquérir 60 Jaguar et jusqu'à 442 Griffon, créant une brigade belge nativement interopérable avec les forces françaises. Le Luxembourg a également commandé 38 Jaguar. Ces partenariats permettent des déploiements coordonnés, un partage des coûts de développement et de MCO (Maintien en Condition Opérationnelle), et renforcent la solidarité stratégique au sein de l'OTAN et de l'UE. Les exercices communs (Dacian Spring, Warfighter) testent régulièrement cette interopérabilité tactique et technique.